Particulier en retard de paiement : indemnité de 40 € et pénalités ?
Non : l'indemnité forfaitaire de 40 € et les pénalités de retard du code de commerce se réclament à un débiteur professionnel, pas à un particulier. Face à un particulier, vous pouvez réclamer des intérêts au taux légal après mise en demeure et appliquer une clause pénale prévue au devis. Les frais de relance, eux, sont interdits.
L'indemnité de 40 € et les pénalités du code de commerce s'appliquent-elles à un particulier ?
Non. Ces règles visent un débiteur professionnel : l'indemnité de 40 € et les pénalités de retard du code de commerce se réclament à un client qui a acheté pour son activité professionnelle, pas à un particulier. Face à un particulier, d'autres textes s'appliquent, plus étroits.
Le texte est précis sur le débiteur. L'article L. 441-10 du code de commerce dispose : « Tout professionnel en situation de retard de paiement est de plein droit débiteur, à l'égard du créancier, d'une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, dont le montant est fixé par décret. » Le décret fixe ce montant : l'article D. 441-5 le chiffre à « 40 euros ».
Le reste du dispositif est tourné vers la relation entre entreprises. L'article L. 441-9 impose une facturation pour « tout achat de produits ou toute prestation de service pour une activité professionnelle », et c'est dans cette facture que figurent le taux des pénalités et l'indemnité. L'article L. 441-1 ne prévoit la communication des conditions générales de vente qu'« à tout acheteur qui en fait la demande pour une activité professionnelle ». La page de Service-public.fr sur ces règles s'intitule d'ailleurs « Délais de paiement entre professionnels et pénalités de retard ».
La DGCCRF le dit sans détour à propos de l'indemnité : le créancier peut la réclamer lorsque « le créancier et le débiteur sont professionnels ». Votre client est-il une entreprise, un commerçant, une société qui achète pour son activité ? C'est alors le régime entre professionnels. Est-il un particulier qui fait réparer son logement ? Ce n'est pas le cas.
Que pouvez-vous réclamer à un particulier qui paie en retard ?
Des intérêts au taux légal, à compter de la mise en demeure, et une pénalité contractuelle si elle figure dans le contrat accepté par le client. Pas l'indemnité de 40 €, pas de pénalité au taux plancher du code de commerce, et pas de frais de relance.
| Client professionnel | Client particulier | |
|---|---|---|
| Pénalités de retard | Exigibles dès le lendemain de la date de règlement, sans rappel ; taux fixé aux CGV, jamais inférieur à trois fois le taux d'intérêt légal | Pas de régime du code de commerce : intérêt au taux légal à compter de la mise en demeure, ou clause pénale du contrat, que le juge peut modérer |
| Indemnité forfaitaire de 40 € | Due de plein droit | Non |
| Frais de recouvrement | Indemnité complémentaire possible, sur justification | Restent à votre charge sauf exceptions |
Pour les intérêts, le code civil pose deux règles. Les dommages et intérêts pour retard dans le paiement d'une somme d'argent « consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure », et ils sont dus « sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte ». Le taux légal applicable à un créancier professionnel est de 2,75 % pour le second semestre 2026, selon Service-public.fr ; il est révisé chaque semestre.
Un exemple chiffré : 3 000 € impayés pendant 60 jours après la mise en demeure représentent environ 13,56 € d'intérêts à 2,75 % par an. Le calcul se fait ainsi, selon Service-public.fr : « (somme due x jours de retard x taux de l'intérêt légal) / 365 ».
Comment faire courir les intérêts : la mise en demeure ?
Les intérêts ne courent qu'à partir de la mise en demeure. Elle peut résulter d'une sommation, d'un acte portant interpellation suffisante ou, si le contrat le prévoit, de la seule exigibilité de la dette. La lettre recommandée avec accusé de réception, rédigée en termes clairs, en fait partie.
L'article 1344 du code civil est le texte de référence : « Le débiteur est mis en demeure de payer soit par une sommation ou un acte portant interpellation suffisante, soit, si le contrat le prévoit, par la seule exigibilité de l'obligation. » L'article 1344-1 en tire la conséquence : la mise en demeure « fait courir l'intérêt moratoire, au taux légal, sans que le créancier soit tenu de justifier d'un préjudice ».
Service-public.fr décrit les trois modes : la sommation par commissaire de justice, la lettre recommandée avec accusé de réception portant interpellation suffisante, et la clause du contrat qui prévoit la mise en demeure par la seule exigibilité. Il précise que la mise en demeure n'est pas obligatoire sauf cas particuliers, et que le particulier paie en principe comptant : le paiement est généralement exigible immédiatement.
Une clause pénale dans le devis est-elle possible ?
Oui, si elle figure au contrat accepté par le client. Elle n'est encourue qu'après mise en demeure, le juge peut la réduire si elle est excessive, et, face à un consommateur, une indemnité disproportionnée est présumée abusive. Elle doit donc figurer dans le devis ou les conditions acceptées avant les travaux.
L'article 1231-5 du code civil encadre ces clauses : « Néanmoins, le juge peut, même d'office, modérer ou augmenter la pénalité ainsi convenue si elle est manifestement excessive ou dérisoire. » Et, « sauf inexécution définitive, la pénalité n'est encourue que lorsque le débiteur est mis en demeure ».
Le code de la consommation ajoute une présomption. L'article R. 212-2 range parmi les clauses présumées abusives celles qui ont pour objet ou pour effet d'« imposer au consommateur qui n'exécute pas ses obligations une indemnité d'un montant manifestement disproportionné ». C'est au professionnel de prouver le contraire. Les textes consultés ne fixent ni plafond ni taux plancher pour cette clause : le montant raisonnable se juge au cas par cas. Pour le contenu du devis, l'acompte et les arrhes, voir l'article sur le devis et l'acompte ; sur la même logique, ce que le client a accepté avant l'intervention, celui sur le client absent au rendez-vous.
Peut-on facturer des frais de relance ou de recouvrement à un particulier ?
Non, en principe. Les frais de recouvrement entrepris sans titre exécutoire restent à la charge du créancier, sauf s'ils concernent un acte que la loi prescrit au créancier. Demander ces frais à un consommateur en dehors de ces cas est interdit et puni de deux ans d'emprisonnement et de 300 000 € d'amende.
Le texte de base est l'article L. 111-8 du code des procédures civiles d'exécution : « Les frais de recouvrement entrepris sans titre exécutoire restent à la charge du créancier, sauf s'ils concernent un acte dont l'accomplissement est prescrit par la loi au créancier. Toute stipulation contraire est réputée non écrite, sauf disposition législative contraire. » La DGCCRF liste les cas où des frais peuvent être demandés : acte prescrit par la loi au créancier, mauvaise foi du débiteur constatée par le juge, chèque sans provision et, entre professionnels seulement, l'indemnité de 40 €.
L'article L. 121-21 du code de la consommation en tire l'interdiction : « Est interdit le fait pour un professionnel de solliciter ou de percevoir d'un consommateur des frais de recouvrement dans des conditions contraires au deuxième alinéa de l'article L. 111-8 du code des procédures civiles d'exécution. » La sanction est à l'article L. 132-23 : un emprisonnement de deux ans et une amende de 300 000 euros.
L'Institut national de la consommation précise que cela englobe « les frais de dossier, de recouvrement ou de correspondance ». Une seule porte reste ouverte : le créancier qui justifie du caractère nécessaire des démarches peut demander au juge de l'exécution de laisser tout ou partie des frais à la charge du débiteur de mauvaise foi.
Que mettre dans les CGV et sur les factures selon le client ?
Pour un client professionnel, la facture doit porter la date de règlement, le taux des pénalités et l'indemnité de 40 €, sous peine d'amende administrative. Pour un particulier, ces mentions ne reposent pas sur le code de commerce : mieux vaut des conditions distinctes, acceptées au devis.
Pour les professionnels, la facture « précise [...] le taux des pénalités exigibles le jour suivant la date de règlement inscrite sur la facture ainsi que le montant de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement », et l'article L. 441-9 prévoit une amende administrative plafonnée à 75 000 € pour une personne physique. Les conditions générales de vente comprennent « notamment les conditions de règlement » (article L. 441-1).
Rien ne vous oblige à avoir un jeu unique : l'article L. 441-1 précise que ces conditions « peuvent être différenciées selon les catégories d'acheteurs ». Une facture au modèle entreprise, avec la formule pénalités au taux de trois fois le taux légal et 40 € d'indemnité, adressée à un particulier, ne repose sur aucune règle du code de commerce ; quant à l'indemnité de 40 €, elle se heurte à l'interdiction des frais de recouvrement décrite plus haut.
Qu'est-ce qui n'est pas encore stabilisé ?
Constat au 12 octobre 2026. Les règles sur l'indemnité et les pénalités sont stables ; deux points demandent une vigilance.
- Qualifier le client. Les textes consultés ne qualifient pas expressément un syndicat de copropriétaires, une SCI familiale ou un propriétaire bailleur. Le critère retenu par les articles L. 441-1 et L. 441-9 est l'achat « pour une activité professionnelle » : en cas de doute, mieux vaut documenter la qualité du client avant de facturer.
- Les références vont changer. Légifrance affiche déjà une version de l'article L. 441-10 qui entre en vigueur le 1er janvier 2027, issue de l'ordonnance n° 2025-1247 du 17 décembre 2025 modifiée par l'ordonnance n° 2026-671 du 27 juillet 2026. Le passage sur l'indemnité et les pénalités y figure dans les mêmes termes ; seul le renvoi relatif aux factures périodiques change, au profit du code des impositions sur les biens et services.
- Le taux légal bouge chaque semestre. 2,62 % au premier semestre 2026, 2,75 % au second, selon Service-public.fr : vérifiez le taux de la période avant de chiffrer des intérêts.
Questions fréquentes
Puis-je mettre l'indemnité de 40 € sur la facture d'un particulier ?
Les textes ne la prévoient que pour un débiteur professionnel. Réclamer des frais de recouvrement à un consommateur en dehors des cas permis est interdit par l'article L. 121-21 du code de la consommation et puni de deux ans d'emprisonnement et de 300 000 € d'amende.
Quel taux d'intérêt pour un particulier qui paie en retard ?
L'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Pour un créancier professionnel, le taux est de 2,75 % par an au second semestre 2026, selon Service-public.fr. Il est révisé chaque semestre, et le calcul se fait sur le nombre de jours de retard.
Faut-il une lettre recommandée pour faire courir les intérêts ?
Pas nécessairement. La mise en demeure peut résulter d'une sommation, d'un acte portant interpellation suffisante ou d'une clause du contrat. La lettre recommandée avec accusé de réception, rédigée en termes suffisamment clairs, est l'un des moyens que cite Service-public.fr.
Une société civile immobilière est-elle un client professionnel ?
Les textes consultés ne répondent pas pour toutes les situations. Le critère est un achat ou une prestation « pour une activité professionnelle ». Une SCI familiale qui fait réparer le logement d'un proche se rapproche d'un particulier ; documentez la qualité du client avant de facturer.
Sources
- Légifrance / République française — Article L441-10 du code de commerce« Tout professionnel en situation de retard de paiement est de plein droit débiteur, à l'égard du créancier, d'une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, dont le montant est fixé par décret. »
- Légifrance / République française — Article L441-10 du code de commerce, version à compter du 1er janvier 2027« Conformément à l'article 49 de l'ordonnance n° 2025-1247 du 17 décembre 2025 dans sa rédaction résultant de l'article 17 de l'ordonnance n° 2026-671 du 27 juillet 2026, ces dispositions, dans leur rédaction issue de… »
- Légifrance / République française — Article D441-5 du code de commerce« Le montant de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement prévue au II de l'article L. 441-10 est fixé à 40 euros. »
- Légifrance / République française — Article L441-9 du code de commerce« Tout achat de produits ou toute prestation de service pour une activité professionnelle fait l'objet d'une facturation. »
- Légifrance / République française — Article L441-1 du code de commerce« Les conditions générales de vente comprennent notamment les conditions de règlement »
- Service-Public Entreprendre / DILA — Délais de paiement entre professionnels et pénalités de retard« Délais de paiement entre professionnels et pénalités de retard »
- DGCCRF / Ministère de l'Économie — Recouvrement amiable de créances : les règles à connaître« Il est interdit au créancier de facturer des frais de recouvrement au débiteur, sauf dans quatre hypothèses »
- Légifrance / République française — Code civil, articles 1231-5 et 1231-6 (réparation du préjudice résultant de l'inexécution du contrat)« Néanmoins, le juge peut, même d'office, modérer ou augmenter la pénalité ainsi convenue si elle est manifestement excessive ou dérisoire. »
- Légifrance / République française — Code civil, articles 1344 à 1344-2 (la mise en demeure du débiteur)« Le débiteur est mis en demeure de payer soit par une sommation ou un acte portant interpellation suffisante, soit, si le contrat le prévoit, par la seule exigibilité de l'obligation. »
- Légifrance / République française — Article L111-8 du code des procédures civiles d'exécution« Les frais de recouvrement entrepris sans titre exécutoire restent à la charge du créancier, sauf s'ils concernent un acte dont l'accomplissement est prescrit par la loi au créancier. Toute stipulation contraire est… »
- Légifrance / République française — Article L121-21 du code de la consommation (frais de recouvrement)« Est interdit le fait pour un professionnel de solliciter ou de percevoir d'un consommateur des frais de recouvrement dans des conditions contraires au deuxième alinéa de l'article L. 111-8 du code des procédures… »
- Légifrance / République française — Article L132-23 du code de la consommation (sanction)« La violation de l'interdiction relative aux frais de recouvrement mentionnée à l'article L. 121-21 est punie d'un emprisonnement de deux ans et d'une amende de 300 000 euros. »
- Légifrance / République française — Article R212-2 du code de la consommation« sont présumées abusives au sens des dispositions des premier et cinquième alinéas de l'article L. 212-1, sauf au professionnel à rapporter la preuve contraire »
- Institut national de la consommation (INC) — Recouvrement amiable de créances : vos droits et vos recours« Cela englobe les frais de dossier, de recouvrement ou de correspondance. »
- Service-Public.fr / DILA — Quels sont les taux de l'intérêt légal applicables durant le second semestre 2026 ?« Les taux de l'intérêt légal sont actualisés chaque semestre »
- Service-Public Entreprendre / DILA — Recouvrement amiable : relance et mise en demeure de payer« le paiement est généralement exigible immédiatement »
Cet article présente la réglementation en vigueur à sa date de mise à jour et n'a pas valeur de conseil juridique. En cas de doute sur votre situation, rapprochez-vous d'un professionnel qualifié.
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