Assurance décennale du plombier : obligatoire, et que risque-t-on ?
Oui : toute personne dont la responsabilité décennale peut être engagée doit être assurée, ce qui vise le plombier dès que ses travaux forment un ouvrage ou un équipement indissociable. Sans cette assurance, la peine encourue est de six mois d'emprisonnement et 75 000 € d'amende, ou l'une de ces deux peines. Et une simple mention sur le devis ne suffit pas : l'attestation d'assurance se joint au devis et à la facture.
L'assurance décennale est-elle vraiment obligatoire pour un plombier ?
Oui, dès que vos travaux peuvent engager votre responsabilité décennale. L'article L. 241-1 du code des assurances pose la règle : « Toute personne physique ou morale, dont la responsabilité décennale peut être engagée sur le fondement de la présomption établie par les articles 1792 et suivants du code civil, doit être couverte par une assurance. » Le texte ne dresse pas de liste de métiers : c'est la nature des travaux qui décide.
Que couvre cette responsabilité ? L'article 1792 du code civil : « Tout constructeur d'un ouvrage est responsable de plein droit, envers le maître ou l'acquéreur de l'ouvrage, des dommages, même résultant d'un vice du sol, qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou qui, l'affectant dans l'un de ses éléments constitutifs ou l'un de ses éléments d'équipement, le rendent impropre à sa destination. » L'article 1792-2 étend cette présomption aux éléments d'équipement qui font corps avec l'ouvrage : « Un élément d'équipement est considéré comme formant indissociablement corps avec l'un des ouvrages de viabilité, de fondation, d'ossature, de clos ou de couvert lorsque sa dépose, son démontage ou son remplacement ne peut s'effectuer sans détérioration ou enlèvement de matière de cet ouvrage. »
Pour un plombier, la fiche de service-public.gouv.fr indique que l'obligation joue « s'il intervient sur un chantier de gros oeuvre », et précise que c'est le cas lorsqu'il installe des éléments indissociables d'un bâtiment, comme « des systèmes de chauffe-eau, de pompe à chaleur, de climatisation ». La page consacrée à la garantie décennale cite en exemple d'éléments indissociables « canalisation, plafond, plancher, chauffage central, huisseries, installation électrique encastrée ».
| Type de travaux | Garantie due | Durée | Assurance imposée par l'article L. 241-1 |
|---|---|---|---|
| Ouvrage, ou élément d'équipement indissociable (canalisation, chauffage central) | Décennale (art. 1792 et 1792-2) | 10 ans | Oui |
| Autres éléments d'équipement de l'ouvrage | Bon fonctionnement (art. 1792-3) | 2 ans au moins | Non visée par cet article |
L'article 1792-3 dispose : « Les autres éléments d'équipement de l'ouvrage font l'objet d'une garantie de bon fonctionnement d'une durée minimale de deux ans à compter de sa réception. » Cette garantie existe, mais l'obligation d'assurance de l'article L. 241-1 ne vise que la responsabilité décennale.
Que risque-t-on sans assurance décennale ?
Jusqu'à six mois d'emprisonnement et 75 000 € d'amende, ou l'une de ces deux peines. L'article L. 243-3 du code des assurances prévoit : « Quiconque contrevient aux dispositions des articles L. 241-1 à L. 242-1 du présent code sera puni d'un emprisonnement de six mois et d'une amende de 75 000 euros ou de l'une de ces deux peines seulement. »
Le même article écarte une catégorie : « Les dispositions de l'alinéa précédent ne s'appliquent pas à la personne physique construisant un logement pour l'occuper elle-même ou le faire occuper par son conjoint, ses ascendants, ses descendants ou ceux de son conjoint. » Cette exception vise le particulier qui construit pour lui, pas l'artisan qui intervient chez un client.
La sanction pénale n'est pas la seule conséquence. La fiche de service-public.gouv.fr sur le plombier parle d'une « sanction civile », comme « l'obligation de réparer le préjudice à ses frais, ou de verser des dommages et intérêts ». La responsabilité de l'article 1792 existe de plein droit, assurance ou non : sans assureur, la réparation d'un dommage grave reste à votre charge.
Autre exigence : la justification se fait dès l'ouverture du chantier. L'article L. 241-1 précise : « A l'ouverture de tout chantier, elle doit justifier qu'elle a souscrit un contrat d'assurance la couvrant pour cette responsabilité. »
Suffit-il d'écrire "assuré en décennale" sur un devis ?
Non : il faut joindre l'attestation d'assurance. L'article L. 243-2 du code des assurances le dit sans ambiguïté : « Les justifications prévues au premier alinéa, lorsqu'elles sont relatives aux obligations prévues par les articles L. 241-1 et L. 241-2, prennent la forme d'attestations d'assurance, jointes aux devis et factures des professionnels assurés. »
Une mention libre du type "assuré en décennale" ne remplit donc pas l'obligation. Service-public.gouv.fr le confirme dans ses fiches métier : « Le professionnel a l'obligation de joindre à ses devis ou factures une attestation d'assurance de responsabilité décennale ». Et sa page sur la garantie décennale ajoute : « L'attestation d'assurance de responsabilité civile décennale doit être jointe aux devis et à la facture. »
Deux précisions pour ne pas mélanger les textes :
- Ce n'est pas la règle du code de l'artisanat. L'article L. 132-1 oblige les artisans à indiquer sur leurs devis et factures l'assurance professionnelle obligatoire, les coordonnées de l'assureur et la couverture géographique. Mais il précise : « Le présent article n'est pas applicable aux personnes mentionnées aux articles L. 241-1 et L. 241-2 du code des assurances. » Pour la décennale, c'est donc l'attestation jointe qui s'applique.
- Le devis dit la même chose. La fiche plombier de service-public.gouv.fr range parmi les informations du devis « la garantie décennale (coordonnées de l'assureur et zone de couverture géographique de l'assurance) ». L'attestation les contient déjà.
Que doit contenir l'attestation d'assurance décennale ?
Un modèle fixé par arrêté, avec des mentions minimales. L'article L. 243-2 renvoie à « un arrêté du ministre chargé de l'économie » qui « fixe un modèle d'attestation d'assurance comprenant des mentions minimales ». Il s'agit de l'arrêté du 5 janvier 2016, repris à l'article A. 243-3 du code des assurances, pour les attestations émises après le 1er juillet 2016.
Pour un contrat souscrit par un assuré à titre individuel, l'article A. 243-3 impose : « Attestation d'assurance » et « Assurance de responsabilité décennale obligatoire » en position centrale. L'attestation doit comporter, dans tous les cas :
- la dénomination sociale et l'adresse de l'assuré ;
- son numéro unique d'identification ;
- le nom, l'adresse du siège social et les coordonnées complètes de l'assureur, et le cas échéant de la succursale ;
- le numéro du contrat, sa période de validité et la date d'établissement de l'attestation.
S'y ajoutent, pour un ensemble d'opérations de construction, le périmètre de la garantie : les activités ou missions exercées par l'assuré, les dates d'ouverture de chantier, l'étendue géographique, le coût des opérations, la nature des techniques utilisées.
Trois lectures vous protègent :
- La date d'ouverture du chantier. L'attestation s'applique « aux travaux ayant fait l'objet d'une ouverture de chantier pendant la période de validité mentionnée ci-dessus ». Vérifiez que la date d'ouverture de votre chantier tombe dans la période de validité indiquée.
- L'activité déclarée. La garantie s'applique « aux activités professionnelles ou missions suivantes » que l'assureur a inscrites. Service-public.gouv.fr rappelle que seuls les travaux déclarés dans le contrat d'assurance du constructeur sont couverts.
- Les écarts. L'article A. 243-3 prévoit : « Dans le cas où les travaux réalisés ne répondent pas aux caractéristiques énoncées ci-dessus, l'assuré en informe l'assureur. » Si vous élargissez votre activité, par exemple aux pompes à chaleur, informez votre assureur : c'est ce que le texte demande.
Quels points les textes laissent-ils ouverts ?
Au 12 octobre 2026, les articles cités sont en vigueur dans les versions consultées sur Légifrance : l'article L. 241-1 et l'article L. 243-2 depuis le 8 août 2015, l'article L. 243-3 depuis le 9 juin 2005, l'article A. 243-3 depuis le 1er juillet 2016. Trois points demandent de la prudence.
- Le périmètre exact de la plomberie. Les textes ne listent pas les travaux de plomberie soumis à la décennale. Entre un robinet remplacé en dépannage et une colonne encastrée, aucune liste ne tranche. Le critère à appliquer est celui de l'article 1792-2 : la dépose, le démontage ou le remplacement peut-il se faire sans détérioration ni enlèvement de matière ?
- Le libellé « gros oeuvre ». La fiche de service-public.gouv.fr emploie cette expression pour déclencher l'obligation ; l'article L. 241-1, lui, vise toute personne dont la responsabilité décennale peut être engagée. En cas de doute, fiez-vous au texte de l'article, pas au titre de la fiche.
- L'oubli de l'attestation. L'article L. 243-3 vise les contraventions aux articles L. 241-1 à L. 242-1 ; l'article L. 243-2, qui impose de joindre l'attestation, n'est pas dans cette plage. Les textes consultés n'attachent donc pas de peine propre à ce seul oubli, mais l'article L. 241-1 exige bien la justification de l'assurance à l'ouverture de chantier. Pour la suite, voir la fuite après travaux de plomberie et la garantie décennale et, côté client, comment lire trois devis.
Questions fréquentes
Un plombier qui fait du dépannage doit-il avoir la décennale ?
L'article L. 241-1 vise les personnes dont la responsabilité décennale peut être engagée, c'est-à-dire celles qui réalisent un ouvrage ou un élément d'équipement indissociable. Les textes ne listent pas les interventions de plomberie : le critère est celui de l'article 1792-2, la dépose sans détérioration ni enlèvement de matière.
Quelle amende encourt un artisan sans assurance décennale ?
L'article L. 243-3 du code des assurances prévoit six mois d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende, ou l'une de ces deux peines seulement. Sur le plan civil, la responsabilité de plein droit de l'article 1792 du code civil s'applique de toute façon.
Faut-il joindre l'attestation aux factures, pas seulement aux devis ?
Oui. L'article L. 243-2 prévoit que les attestations d'assurance sont jointes aux devis et factures des professionnels assurés. Joindre l'attestation à chaque devis et chaque facture est donc la règle, pas une pratique commerciale.
L'attestation d'assurance décennale a-t-elle un modèle ?
Oui : un arrêté du 5 janvier 2016, repris à l'article A. 243-3, fixe les mentions minimales (assuré, assureur, contrat, période de validité, activités garanties, étendue géographique) pour les attestations émises après le 1er juillet 2016.
Que vérifier sur l'attestation avant d'ouvrir un chantier ?
La période de validité, qui doit couvrir la date d'ouverture du chantier, les activités garanties, l'étendue géographique et le coût des opérations couvertes. Si les travaux sortent de ces caractéristiques, l'assuré doit en informer l'assureur.
Sources
- Légifrance / République française — Article L241-1 du code des assurances« Toute personne physique ou morale, dont la responsabilité décennale peut être engagée sur le fondement de la présomption établie par les articles 1792 et suivants du code civil, doit être couverte par une assurance. »
- Légifrance / République française — Article L243-2 du code des assurances« Les justifications prévues au premier alinéa, lorsqu'elles sont relatives aux obligations prévues par les articles L. 241-1 et L. 241-2, prennent la forme d'attestations d'assurance, jointes aux devis et factures des… »
- Légifrance / République française — Article L243-3 du code des assurances« Quiconque contrevient aux dispositions des articles L. 241-1 à L. 242-1 du présent code sera puni d'un emprisonnement de six mois et d'une amende de 75 000 euros ou de l'une de ces deux peines seulement. »
- Légifrance / République française — Article A243-3 du code des assurances« l'attestation d'assurance prévue à l'article L. 243-2 comporte la mention : « Attestation d'assurance » et les termes : « Assurance de responsabilité décennale obligatoire » figurant en position centrale »
- Légifrance / République française — Arrêté du 5 janvier 2016 fixant un modèle d'attestation d'assurance comprenant des mentions minimales prévu par l'article L. 243-2 du code des assurances« Arrêté du 5 janvier 2016 fixant un modèle d'attestation d'assurance comprenant des mentions minimales prévu par l'article L. 243-2 du code des assurances »
- Légifrance / République française — Article 1792 du code civil« Tout constructeur d'un ouvrage est responsable de plein droit, envers le maître ou l'acquéreur de l'ouvrage, des dommages, même résultant d'un vice du sol, qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou qui,… »
- Légifrance / République française — Article 1792-2 du code civil« Un élément d'équipement est considéré comme formant indissociablement corps avec l'un des ouvrages de viabilité, de fondation, d'ossature, de clos ou de couvert lorsque sa dépose, son démontage ou son remplacement ne… »
- Légifrance / République française — Article 1792-3 du code civil« Les autres éléments d'équipement de l'ouvrage font l'objet d'une garantie de bon fonctionnement d'une durée minimale de deux ans à compter de sa réception. »
- Légifrance / République française — Article L132-1 du code de l'artisanat« l'assurance professionnelle, dans le cas où elle est obligatoire pour l'exercice de leur métier, qu'ils ont souscrite au titre de leur activité, les coordonnées de l'assureur ou du garant, ainsi que la couverture… »
- Service-Public Entreprendre / DILA — Plombier : conditions d'accès et d'exercice en France« Le plombier a l'obligation de souscrire une assurance de responsabilité civile décennale (garantie décennale) s'il intervient sur un chantier de gros oeuvre »
- Service-Public.fr / DILA — Garantie décennale des constructeurs« Éléments d'équipement indissociable du bâtiment (canalisation, plafond, plancher, chauffage central, huisseries, installation électrique encastrée...) »
Cet article présente la réglementation en vigueur à sa date de mise à jour et n'a pas valeur de conseil juridique. En cas de doute sur votre situation, rapprochez-vous d'un professionnel qualifié.
Gratuit pour les artisans, sans carte bancaire. Les SMS et l'équipe sont des options.